Le manager n’a pas besoin d’avoir réponse à tout
Dans mes échanges avec les managers, je retrouve souvent cette pression : devoir savoir, décider, rassurer et apporter une réponse. Pourtant, je suis convaincu qu’un manager n’a pas besoin d’avoir réponse à tout pour être légitime.
Vouloir tout savoir peut devenir un piège
Il est naturel qu’une équipe attende de son manager des repères, des décisions et une certaine capacité à arbitrer. Mais cela ne signifie pas qu’il doive être celui qui détient systématiquement la meilleure réponse.
Lorsqu’un manager cherche à répondre à tout, il peut progressivement installer une forme de dépendance. L’équipe finit par attendre son avis avant d’agir, par lui remonter chaque difficulté ou par considérer que toute décision doit nécessairement passer par lui.
À force de vouloir être utile, le manager peut parfois limiter l’autonomie qu’il cherche justement à développer.
C’est un paradoxe que je trouve particulièrement intéressant.
Manager, ce n’est pas uniquement apporter des solutions
Dans certaines situations, la meilleure réponse managériale peut être une question.
Qu’en penses-tu ?
Qu’est-ce que tu proposes ?
Quelles seraient les conséquences de cette décision ?
De quoi as-tu besoin pour avancer ?
Ces questions peuvent sembler simples. Pourtant, elles changent profondément la nature de la relation.
Le manager ne se positionne plus uniquement comme celui qui apporte une solution. Il aide la personne ou l’équipe à construire sa propre réponse. Cela demande parfois davantage de patience que de donner directement son avis.
Dire « je ne sais pas » n’est pas un aveu de faiblesse
Je pense également qu’il existe encore une certaine difficulté, dans le management, à dire simplement : « Je ne sais pas. »
Pourtant, cette phrase peut être extrêmement professionnelle lorsqu’elle est suivie d’une démarche :
« Je ne sais pas, mais nous allons regarder. »
« Je n’ai pas la réponse aujourd’hui, je vais vérifier. »
« Je ne suis pas certain, qu’en pensez-vous ? »
Reconnaître une incertitude ne signifie pas renoncer à son rôle. Au contraire, cela peut créer davantage de confiance qu’une réponse approximative donnée uniquement pour préserver une image d’autorité.
Le rôle du manager est ailleurs
Pour moi, la valeur du manager se situe moins dans la quantité de réponses qu’il possède que dans sa capacité à créer les conditions permettant à l’équipe d’avancer.
Cela suppose de donner un cap, poser un cadre, clarifier les responsabilités, arbitrer lorsqu’il le faut et créer des espaces où les personnes peuvent réfléchir, proposer et décider. Le manager reste responsable. Mais être responsable ne veut pas dire tout faire, tout savoir ou tout contrôler.
C’est aussi accepter que certaines compétences, certaines informations et certaines solutions se trouvent dans l’équipe.
Laisser de la place à l’équipe
C’est probablement l’un des équilibres les plus délicats du management : savoir quand intervenir et savoir quand laisser de la place.
Trop peu intervenir peut laisser l’équipe sans repères. Trop intervenir peut l’empêcher de développer sa propre capacité d’action.
Je crois donc beaucoup à cette posture qui consiste à ne pas chercher systématiquement à apporter la réponse, mais à se demander :
« De quoi cette personne ou cette équipe a-t-elle réellement besoin pour avancer ? »
Parfois, ce sera une décision. Parfois, une orientation.
Parfois, simplement une bonne question.
Pour moi, la légitimité du manager ne tient pas au fait d’avoir réponse à tout, mais à sa capacité à créer suffisamment de clarté et de confiance pour que l’équipe puisse elle aussi trouver des réponses.